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Entretien avec Sylvie Gargiulo, herboriste spagyriste

Par Isabelle Gareau

Sylvie

J’ai eu l’heureux privilège de m’entretenir avec Sylvie Gargiulo, herboriste-enseignante passionnée et mère de quatre beaux enfants dont deux encore à notre école : Florent (5e année) et Marina (1ere année). C’est avec un grand enthousiasme qu’elle m’a généreusement livré les grandes lignes de son parcours personnel et des ses deux passions concomitantes : l’univers du monde végétal et l’enseignement aux jeunes.

 

Son parcours

Née à Montréal dans les années 70 d’une mère française et d’un père franco-italien, Sylvie grandit dans la Petite Italie urbaine. C’est vers l’âge de 8 ans qu’elle et sa famille quittèrent la grande métropole pour aller s’installer un peu plus loin, vers un mode de vie plus rural. C’est là qu’elle fit ses premières expériences dans les jardins, une passion quasi innée.

Sylvie a orienté ses études en environnement et en écologie à l’Université du Québec à Montréal dans le but d’enseigner les sciences aux jeunes. C’est dans ce cadre académique, en dévorant les tomes 1, 2 et 3 de Wilhelm Pélikan : L’homme et les plantes médicinales, qu’elle découvrit d’une part, l’herboristerie, puis d’autre part, Rudolph Steiner. L’anthroposophie est donc arrivée dans sa vie par les plantes. Peu après, elle décida de poursuivre sa formation en herboristerie avec Marie Provost, fondatrice de Clef des Champs, puis de faire quatre autres années en phytothérapie avec l’Académie de Phytothérapie du Canada.

Avec tout son bagage de connaissances accumulées, c’est au musée scientifique communautaire Muséobus de Saint-Hilaire, où elle oeuvra pendant 8 ans, que Sylvie fit ses premiers pas en tant que vulgarisatrice scientifique auprès des jeunes. Elle y développa son expertise en enseignement avec les enfants en plus d’une panoplie d’ateliers sur les plantes médicinales. En parallèle, c’est aussi à cette époque qu’elle découvrit la pédagogie Waldorf en dénichant un jardin d’enfants pour ses propres bambins, une pédagogie avec laquelle elle tomba en amour et avec laquelle elle se lia pour le cheminement scolaire de ses quatre enfants.

Après plus d’une septaine en Montérégie, le vent souffla encore plus à l’Est, emportant Sylvie et sa famille grandissante en Estrie où ils atterrirent en 2002. Sylvie était maintenant mûre à démarrer ses propres projets, dont celui de développer un centre de ressourcement et de transmission du savoir en herboristerie dédié aux jeunes, une vision qui l’anime depuis longtemps et vers laquelle elle aspire à long terme. De plus, elle travaille au développement et à l’expérimentation de différents produits à base de plantes dans son propre petit laboratoire chez elle, des produits thérapeutiques et cosmétiques, en plus d’offrir différents ateliers.

 

Son implication en botanique dans les classes de 5e et 6e années

Un jour, un professeur de notre école qui connaissait bien l’expertise de Sylvie cogna à sa porte pour lui demander de transmettre la botanique à ses élèves de cinquième année. Sylvie reçut cette demande comme un cadeau et grand privilège. Ce fut le début d’une belle aventure qui se poursuit toujours aujourd’hui dans les classes de 5e et de 6e années !
Selon Rudolph Steiner, la botanique est l’une des matières les plus importante à amener à l’enfant de 5e année. Par la botanique, on amène doucement l’enfant à s’ouvrir au monde qui l’entoure tout en lui faisant vivre cet apprentissage à partir de son univers intérieur. Avec les jeunes, Sylvie tente de faire de la botanique une expérience vivante qui touche leurs sens et leurs sentiments. De cette façon, les apprentissages s’installent profondément dans leur être en entier.

Par exemple, dans l’enseignement des différents règnes du monde végétal et des mycètes, Sylvie amène les jeunes à observer des liens avec les divers stades de l’évolution humaine. Les champignons, qui n’ont ni chlorophylle, ni racine, en plus d’être totalement dépendants à leur environnement, sont comme le bébé dans le ventre de sa mère. Les algues, plus autonomes, toujours sans racine mais avec une tige non lignifiée et une grosse feuille, correspondent au petit enfant avant un an. Ensuite vient tout le monde miniature des mousses, lycopodes, prêles et fougères. Ce monde, qui ressemble à une forêt format lilliputien, n’a pas encore de structure lignifiée et ne peut donc s’élever vers le ciel. Ce monde est associé à celui de la petite enfance. Puis arrivent les conifères qui peuvent monter en hauteur et prendre de l’expansion grâce à leur structure lignifiée. On les associe aux enfants entre 5 et 7 ans. Et ainsi de suite, l’exercice analogique se poursuit, en passant par les plantes plus évoluées monocotylédones, puis dicotylédones, jusqu’à aboutir à l’apogée, la fleur parfaite, la rose, qui correspond à l’être mature.

 

Observer le monde végétal et apprendre sur soi-même…

Sylvie exprime combien il est intéressant d’observer la plante se manifester dans la matière à travers ses trois étapes successives de contraction et d’expansion, que l’on peut observer aux trois différents stades de développement : la graine, la plante et la fleur. Lorsque la graine est en phase de contraction, elle est peu formée dans le monde physique mais contient une très grande vitalité. Lorsque la fleur se déploie, elle est en expansion, elle occupe tout l’espace physique mais commence à perdre son énergie vitale. Lorsque nous portons notre regard sur la Nature et sommes attentifs à ce mouvement qui l’anime, tel le jour et la nuit ou la succession des saisons, nous comprenons mieux intérieurement le rythme qui anime les différentes phases de la vie humaine.

 

Visite à la tourbière de Johnville : l’aboutissement du bloc en botanique

À la fin du bloc en botanique, les professeurs et Sylvie amènent les élèves visiter la tourbière de Johnville. Pour Sylvie, il s’agit là d’un très grand événement. C’est à ce moment qu’elle peut constater, au travers les regards des enfants sur cet écosystème époustouflant, les résultats de son enseignement. Malgré une température qui n’est pas toujours clémente, les enfants sont épris d’émerveillement, de fascination et leurs regards à bel et bien changer sur le monde qui les entoure. La sortie n’a rien d’une promenade ordinaire. Ils ne voient plus les plantes de la même façon, ils n’ont plus la même relation au monde qui les entoure. Quelque chose à grandit en eux et ils le ressentent aussi. Les paroles et témoignages des enfants lors de cette sortie sont la plus grande récompense de Sylvie.

 

Maman du jardin fleuri à l’école

Dans le cadre des activités parascolaires de l’école depuis près de 9 ans, Sylvie a engagé des travaux de jardinage et d’herboristerie avec les enfants et par l’occasion, créé un jardin permanent que nous avons tous eu (ou aurons) l’opportunité de visiter. Chaque année, les enfants sont impliqués dans les différentes étapes, depuis les semis au mois de mars, en passant par le travail de la terre, jusqu’à la confection d’une petite pharmacie personnelle avec les plantes récoltées. Ce magnifique sanctuaire est situé en bordure du chemin qui mène au pavillon des petits. C’est vraiment un espace sacré et de contemplation que Sylvie et les enfants ont voulu créer, en hommage à la générosité et à la beauté de la terre. La pyramide érigée dans le jardin vise à émaner les belles énergies du lieu ainsi que les messages qu’y ont inscrits les enfants, soit des messages de Paix dans le Monde. Les quatre directions sont bien représentées et de petits trésors y reposent. Si, à la prochaine saison fleurie, vous venez qu’à entrer dans ce sanctuaire, ouvrez bien vos sens ! Vous pourriez peut-être y faire de belles rencontres…

 

De l’herboristerie traditionnelle à la spagyrie végétale : la voie de Sylvie

Comme une vraie passionnée, Sylvie n’a jamais cessé d’approfondir l’herboristerie, cet Art de transformer les plantes. Cette quête l’a conduite, il y a une dizaine d’années, à découvrir une voie bien particulière. En effet, je n’étais pas au bout de mon entretien avec Sylvie Gargiulo, après plus d’une heure de discussion animée, lorsqu’il sortit de sa bouche un mot qui chatouilla mon oreille. La spagi-quoi ? lui demandai-je, me doutant bien que nous étions sur le point d’ouvrir un grand portail. Le mot spagyrie a été introduit par Paracelse au XVIe siècle, en grecque «spao» désignant séparer et «ageiro», réunir, recombiner. En d’autres termes, la spagyrie n’est rien de moins que la voie alchimique liée aux plantes. Comme l’alchimie, cet art thérapeutique se base sur la loi de la tripartition, les trois principes philosophiques qui animent toutes choses : soient le corps, l’âme et l’esprit, soient la tête, le tronc, les membres, soient le sel, le souffre, le mercure. Chez la plante, le souffre est son huile essentielle, son âme. Le mercure est sa teinture liquoreuse, son esprit. Le sel représente ses oligo-éléments et minéraux, son corps. Le but en spagyrie est de séparer ces trois principes, de les purifier séparément pour ensuite les réunir en un élixir aux vertus exaltées, nous livrant ainsi la «quintessence de la plante», son essence la plus subtile et la plus pure. Ces trois principes purifiés et portés à une nouvelle vie engendrent un mouvement énergétique qui contribue à ré-harmoniser cette tri-unité chez l’humain, qu’est le Corps-Âme-Esprit . Ces préparations médicinales sont donc à même d’œuvrer sur plusieurs plans de l’être, du plan physique jusqu’à des niveaux très subtils, des élixirs aux propriétés étonnantes !

Après quelques années d’expérimentation à s’y faire la main, Sylvie fabrique maintenant des produits selon les règles laborieuses et rigoureuses de l’Art spagyrique, des élixirs qui prennent environ 9 mois à produire. Toutes ses plantes sont récoltées et traitées selon le calendrier biodynamique mais aussi selon leur correspondance planétaire. Toutes les phases de l’élaboration des élixirs sont établies en fonction de l’influence des astres sur la vie végétale de façon à effectuer chaque étape de transformation au moment le plus favorable. Pour Sylvie, la spagyrie reste un Art à échelle humaine qui se doit d’être pratiqué dans le respect total de la Nature et de la globalité de l’Être.

(Article d'Isabelle Gareau paru dans la revue de l'Ecole des Enfants de la Terre à Waterville, Qc)

 

 

 

 

 

 

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